Code de déontologie professionnel

1 – DEFINITIONS ET DOMAINE D’EXERCICE

Le guide polaire exerce à titre professionnel une activité d’accompagnement de clients dans les régions polaires et sub-polaires du globe. Il est rémunéré pour cela. Cette activité recouvre des pratiques sportives liées aux différents modes de progression (énumérés plus bas), et intellectuelles pour interpréter les paysages, décrire les milieux et les territoires. Cette dimension scientifique du métier (sciences naturelles au sens large et sciences humaines) consiste en des explications plus ou moins détaillées fournies sur le terrain auxquelles peuvent s’ajouter des conférences en salle dans le cadre spécifique des croisière-expéditions. Ces pratiques peuvent se faire en totale autonomie, avec camps volants ou fixes, ou à partir de bateaux (croisières-expéditions) qui sont considérés comme camp de base mobile et à partir duquel il peut effectuer des sorties journalières à terre. L’acheminement et le cabotage à partir de zodiacs (ou autre) ne peuvent être assurés par le guide polaire que s’il dispose des formations ou diplômes spécifiques nécessaires, qui relèvent, pour la France, de la marine marchande. Si la sécurité ou l’assistance à une personne l’exige, le guide polaire peut exceptionnellement utiliser du matériel d’alpinisme, mais dans tous les cas cela restera un moyen de progression occasionnel, pour faire face à des aléas de terrain que l’on rencontre en milieu polaire et qui remettraient en cause la sécurité du groupe. Les définitions des différentes activités peuvent alors se résumer ainsi :

  • Randonnée pédestre
  • Randonnée raquettes
  • Randonnée glaciaire : limitée à la randonnée sans bivouac, en l’absence d’un diplôme spécifique (type BE).
  • Randonnée à ski itinérante – ski/pulka
  • Canoë : limité à classe II en l’absence de diplôme spécifique (type BE).
  • Kayak de mer : limité à 3 beaufort en l’absence de diplôme spécifique (type BE).
  • Croisière-expéditions : avec déplacements journaliers à terre.
  • Traîneau à chiens en tant qu’handler en l’absence de diplôme spécifique (DE Musher)
  • Motoneige pour acheminement

Le guide polaire doit assurer la sécurité de ses clients vis-à-vis des divers dangers du milieu. Notamment contre les ours polaires, il est équipé d’une arme d’épaule de tir à balle et de moyens de dissuasion (sifflet, trompe, pistolet d’alarme, etc.) en adéquation avec le contexte local et la saison. Il connaît la pratique de ces instruments pour lesquels il s’est notamment entraîné. Avant même de les mettre en oeuvre, il sait prévenir les rencontres à risque. Il ne transporte et ne fait usage de son arme qu’en respectant la législation en vigueur dans les pays concernés. La possession d’un permis de chasser de son pays d’origine est souhaitable et peut être demandée dans certains cas. Est guide polaire, toute personne ayant une expérience reconnue du milieu polaire (arctique ou antarctique et leurs zones périphériques), en y ayant travaillé de façon rémunérée (à temps plein ou partiel), que ce soit à son propre compte ou pour le compte d’un tiers. La possession de diplômes universitaires ou de brevets d’éducateur sportif dans des spécialités liées à cette activité et/ou à ces zones géographiques est souhaitable, voire obligatoire dans certains cas spécifiques. A défaut, une longue pratique du parcours des régions polaires permet d’accéder à la qualification.

2 – APPLICATION

Le respect du présent code est obligatoire pour les membres du Syndicat des guides polaires, ci-après dénommés « Guides polaires ». Un guide polaire est tenu de souscrire, dans le cadre de son activité, à une assurance responsabilité civile professionnelle. Elle peut être individuelle ou négociée pour l’ensemble de la profession au sein du Syndicat après consultation de différentes compagnies d’assurances. Elle peut être ajustée en fonction des activités précises que pratique le guide.

3 – REGLES MORALES DU GUIDE POLAIRE

Le guide polaire doit être conscient et faire prendre conscience à ses clients du degré de difficultés inhérent aux régions froides et peu ou pas du tout habitées. Il doit user des moyens d’observation, d’information et de décision nécessaires et disponibles pour anticiper ou résoudre les problèmes qui pourraient se poser à lui. En la matière, il agit conformément aux règles communément admises. Le guide polaire est un homme de terrain, doté d’une pratique sportive adaptée à l’ambition de ses projets. Il prépare et conseille ses clients pour l’endurance, l’alimentation et l’hydratation, la protection contre le froid, l’humidité et le givre, la vie quotidienne en pleine nature. Le guide polaire est de plus un naturaliste qui sait montrer, expliquer à ses clients la faune et la flore, les écosystèmes, la géologie, la glaciologie, la physique des phénomènes naturels. Il peut être amené de même à présenter la géographie, l’histoire ou l’ethnologie des sociétés, en ayant toujours à l’esprit de préserver le milieu naturel ainsi que de respecter les populations locales. Minimiser son impact sur le milieu naturel et dans le respect des cultures locales fait partie intégrante de son devoir. Le guide polaire est responsable de sa tache, de sa fonction et de ses décisions, professionnellement et du point de vue des conséquences qui en découlent. Il est responsable de l’image de marque qu’il donne de la profession, des conseils qu’il prodigue, des choix qu’il prend, qui l’engagent personnellement et qui peuvent mettre en cause la collectivité des guides. Les guides doivent faire preuve d’esprit de corps sans chercher à masquer les différences d’interprétation qui pourraient apparaître devant un problème. Ils sont responsables de la prise de position ou de l’absence de prise de position sur les questions qui sont du ressort de la profession. Le guide polaire doit avoir souci de la qualité de ses exposés et des conférences qu’il présente. Il est aussi responsable de sa propre formation permanente.

4 – DEVOIRS DU GUIDE POLAIRE

Le guide polaire se refuse à effectuer des expéditions dont les conséquences nuiraient à la sécurité des clients, que ce soit dans le cadre d’expéditions à son compte propre, ou d’expéditions qu’il encadre pour un tiers. Hors France, il adhère aux règles et lois des États ou territoires d’accueil et aux législations en vigueur localement, tout en restant soumis au présent code. La conscience professionnelle est la règle primordiale de tout guide polaire. Il refuse toute expédition où il ne pourrait assurer les règles élémentaires de sécurité. Il évite toute situation incompatible avec ses obligations. Il ne prend une décision que s’il estime avoir disposé des moyens nécessaires. Il devrait, en particulier pouvoir consulter, à tout moment, par le biais des outils modernes de télécommunication, les données météorologiques et les services d’assistance médicale à distance. Les régions polaires n’ont été complètement découvertes qu’au XXe siècle. Elles restent les moins connues et parmi les plus hostiles du globe. Ainsi le risque zéro n’existe pas et ceci doit être un postulat pour tout projet d’expédition. Pour ce qui est des aléas vis à vis desquels le guide polaire ne peut se prémunir, celui-ci, ou l’agence qui l’emploie, doit informer ses clients de leur teneur lors de la contractualisation du voyage. Le guide polaire possède des compétences en matière de premiers soins, adaptées à l’isolement qui caractérise les expéditions polaires (en dehors des croisières sur de grandes unités). Il connaît les pathologies liées au froid. Si besoin, il sait faire appel à des spécialistes (consultation médicale téléphonique). Il doit informer les clients passant outre, des risques prévisibles et des conséquences sur le groupe. Il met en œuvre tous les moyens qui lui semblent indispensables en cas d’évacuation. Il ne ternit pas la réputation d’un collègue et ne porte pas de jugement sur des opérations dont il n’est pas le responsable. Si nécessaire, il doit accorder assistance à un autre guide quand les conditions le permettent. Toute concurrence déloyale et publicité mensongère sur ses activités est interdite. Le guide polaire doit entretenir de bons rapports avec les membres de professions voisines. Le guide polaire qui a un ou plusieurs stagiaires sous sa tutelle veille à ce que ceux-ci acquièrent les connaissances et compétences nécessaires à leur apprentissage et leur perfectionnement et il leur accorde le temps qu’il faut, en leur proposant des missions adaptées à leur niveau de compétence et d’expérience. Toute attestation de complaisance donnée à un stagiaire est considérée comme une atteinte à ce code.

5 – REGLES PARTICULIERES

Si une autorité lui demande d’agir en tant qu’expert dans sa spécialité, le guide polaire doit refuser les situations où il est juge et partie. Il se prononce en toute indépendance. Il recherche les solutions de conciliation chaque fois que cela est possible.

6 – NON RESPECT DU PRESENT CODE

Le non respect des prescriptions du présent code entraînera une sanction. En cas d’infraction reconnue, le conseil d’administration est saisi et peut décider un non-lieu, un avertissement, une suspension pour une durée déterminée ou l’exclusion définitive.

7 – ADHESION AU PRESENT CODE

Tout membre du syndicat des guides polaires doit adhérer au présent code.